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L'influence des amis sur la consommation de substances

Quel rôle joue la popularité ?

Les pairs sont reconnus comme une importante source de socialisation à l'adolescence. Les connaissances scientifiques leur attribuent un rôle prépondérantTypes de consommateurs dans les comportements déviants et de prise de risque incluant la consommation de substances psychoactives. L'influence des pairs s'exercerait de plusieurs façons : pressions directes et indirectes, modelage, renforcements, culture et normes. Néanmoins, certains adolescents semblent plus vulnérables à cette influence. Il est probable que l'influence des amis dépende entre autre des caractéristiques de ces amis et de celles des adolescents. Les études récentes sur l'influence des amis se sont centrées sur des caractéristiques telles que l'orientation vers les pairs ou le conformisme, mais très peu d'études se sont attardées à l'importance de la popularité relative des jeunes par rapport à celle de leurs amis.

Deux théories permettent d'avancer des hypothèses contradictoires quant au rôle de la popularité vis-à-vis l'influence potentielle des pairs. La théorie du « décalage social » prétend que les adolescents qui se perçoivent comme étant moins populaires que leurs amis tendent à imiter davantage leur comportement dans le but d'améliorer leur statut social. Ceux qui se percevraient comme étant populaires seraient donc moins vulnérables à l'influence de leurs amis. À l'inverse, les jeunes les plus « influençables » seraient ceux qui sont en « déficit » de popularité. La théorie de « popularité-socialisation » prétend que ce sont les jeunes les plus populaires qui seraient les plus vulnérables à l'influence de leurs pairs. Cette hypothèse repose sur l'idée que les jeunes populaires sont les mieux socialisés, positivement et négativement, parce qu'ils seraient plus sensibles aux normes sociales et davantage capables de s'y conformer. Bien que ce mécanisme supporte généralement une adaptation saine aux normes et attentes de la société, l'adolescence est une période pendant laquelle certaines normes des jeunes, telles que des normes favorables à la consommation, s'écartent de celles valorisées par les adultes. Conséquemment, les jeunes populaires pourraient avoir tendance à adopter des comportements de petite déviance comme la consommation parce qu'ils sont normatifs chez leurs amis populaires, même si ces comportements sont en principe proscrits.

Nous avons donc tenté de confronter ces deux théories afin de clarifier le rôle de la popularité sur l'influence des amis pour la consommation. A l'aide d'un échantillon de 531 adolescents québécois suivis de 10 à 15 ans, nous avons examiné si la popularité relative des jeunes modifiait l'influence que la consommation de leurs amis avait sur leur propre consommation, en tenant compte de leur niveau initial de consommation. Nous avons opté pour une mesure de popularité dite « sociométrique », une mesure d'acceptation sociale qui consiste à demander aux jeunes de nommer les jeunes qu'ils apprécient le plus et ceux qu'ils apprécient le moins et à dériver un score de préférence sociale en soustrayant les nominations négatives des nominations positives.

Les résultats montrent qu'avant même de tenir compte de la popularité relative, les jeunes dont les pairs consommaient davantage et ceux qui étaient eux-mêmes considérés comme populaires à 12-13 ans étaient les jeunes chez qui la consommation a le plus augmenté entre 10-11 ans et 14-15 ans. L'analyse de la popularité relative montre qu'en conformité au modèle de la « popularité-socialisation » et en contraste au modèle du « décalage social », les adolescents les plus populaires étaient ceux les plus à risque d'adopter les comportements de consommation de leurs amis, particulièrement si ces amis étaient aussi populaires.

Cette étude jette un regard nouveau sur l'influence des amis sur les comportements de consommation à l'adolescence. Plusieurs mécanismes peuvent expliquer les résultats obtenus. Il est possible que la popularité soit une forme de contrainte qui force les jeunes à agir de façon à conserver leur statut social en adoptant des comportements valorisés dans leur environnement amical. Aussi, il est possible que les jeunes plus populaires, en ayant plus de contacts sociaux, aient simplement davantage d'occasions de consommer et d'être influencés par leurs pairs. Ceci dit, bien que la popularité augmente le risque de petite déviance comme la consommation, certaines études suggèrent aussi que la faible popularité pourrait quant à elle augmenter le risque que des jeunes moins acceptés socialement adoptent des comportements de déviance plus sévère (ex : comportements violents) véhiculés par des pairs marginaux, même si ces comportements sont autant non normatifs que non populaires chez la majorité des adolescents. Cette étude suggère la pertinence de considérer le positionnement social des adolescents dans l'étude du développement de la consommation ainsi qu'en prévention et en réadaptation.

Jean-Sébastien Fallu, Frédéric N.-Brière, Frank Vitaro, Stéphane Cantin et Ann I.H. Borge

Ce texte résume une étude publiée. Pour plus de détails, voir Fallu, J.-S., Brière, F. N., Vitaro, F., Cantin, S., & Borge, A.I.H. (2011). The Influence of Close Friends on Adolescent Substance Use: Does popularity matter? (pp. 235-262). In Ittel, A., Merkens, H., & Stecher, L. (Eds.), Jahrbuch Jugendforschung, Vol. 10 (2010). Wiesbaden: VS Verlag.

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