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La condition paradoxale de l’adolescent consommateur

Le jeune consommateur rêve de liberté, de suffisance et d'une pleine autonomie d'action. Comment comprendre alors qu'il s'enferme graduellement dans une dépendance face aux substances qui l'asservit de plus en plus, tout en maintenant l'illusion qu'il est en plein contrôle de sa vie? La toxicomanie est une solution de compromis entre l'incapacité de se séparer de sa famille et son besoin d'être maître de sa vie.

Parmi les facteurs de risque les plus importants de la toxicomanie, les difficultés relationnelles avec la famille sont en haut de l'échelle. Il s'agit principalement de difficultés de communication et de prise d'autonomie. La toxicomanie est une façon de partir sans partir, de demeurer dans la famille tout en étant loin dans un univers secret, inconnu des parents. Ces difficultés de séparation et de prise d'autonomie prennent leur origine dans le vécu familial. Les familles de jeunes surconsommateurs présentent un plus haut taux de divorce, de mort prématurée des parents et de placement en institution que la population générale. Ces mêmes facteurs sont également présents dans les populations délinquantes ou présentant des troubles du comportement.

La toxicomanie est une façon pour l'adolescent de substituer la dépendance qu'il entretient face à sa famille par la dépendance à la drogue, de tenter de satisfaire tous ses besoins de dépendance dans la relation qui se développe avec la substance. Dans ce registre, la relation avec la substance, qui est toujours disponible, permet d'éviter les déceptions et les manques dans les relations avec les adultes qui se sont souvent avérées inconsistantes ou peu nourrissantes.

Entre maîtrise et dépendance

La surconsommation de psychotropes est une façon, pour un sujet manquant de confiance en lui, en situation d'insécurité, d'essayer de maîtriser à l'extérieur les apports dont il a besoin, pour éviter de tomber dans des relations affectives et de dépendance à des personnes. Ainsi, sont esquivées les souffrances d'une séparation et les épreuves de la responsabilité sociale et affective.

Les jeunes consommateurs sont pris entre l'angoisse d'abandon et l'angoisse d'invasion. Ainsi, plus ils ont des attentes de recevoir des adultes le soutien et la sécurité dont ils ont besoin, plus ils vont vivre l'aide des autres comment étant insupportable. Il faut une bonne confiance en soi et un sens bien ancré de qui nous sommes pour accepter l'aide et l'affection d'autrui. De plus, recevoir et être aimé implique nécessairement la possibilité de perdre ou d'être déçu. Or chez les grands brûlés de la souffrance, les expériences de vie leurs ont bien démontré qu'il vaut mieux s'organiser seul, les manques affectifs font trop mal à ressentir. La toxicomanie vient alors se substituer à un lien que l'on ne maîtrise pas avec des adultes auprès desquels on se sent en position de dépendance et de soumission. L'adolescent maintient alors l'illusion qu'il peut contrôler les produits (je peux arrêter quand je veux) et qu'il est pleinement maître de sa destinée.

Pris entre leurs grands besoins d'affection et de sécurité et le refus de la relation à l'autre qui leur fait peur, les adolescents vont adopter des comportements d'opposition. En effet, l'opposition apparaît comme une solution au paradoxe d'avoir tant besoin des autres et de refuser la relation. Les jeunes qui manquent de sécurité, et qui en ont le plus besoin, ne peuvent supporter cette situation car cette insécurité est née précisément de la difficulté de pouvoir faire confiance aux personnes de leur entourage durant leur enfance.

Ainsi, à travers l'opposition, l'adolescent prend contrôle sur sa vie. En disant non, il existe. Dans le refus, on ne dépend plus, on le paie cher mais on est son propre maître. Le piège et le drame, c'est que ce comportement négatif est pour l'adolescent un moyen d'affirmer son identité et sa différence. Ces conduites ont toutefois une dimension d'échec plus ou moins sévères (i.e. l'échec scolaire, l'anorexie, etc.). L'adolescent se met donc en situation d'échec pour assurer sa différence (puisque je refuse, je suis moi). Mes années d'intervention auprès des adolescents m'ont permis d'observer qu'ils échouent souvent là où ça fait mal pour le parent. Ainsi, les enfants de professeurs échouent à l'école, les fils de policier se font prendre à voler et les filles de juge à se prostituer.

L'introduction d'un tiers

Les comportements d'opposition impliquent une relation très prenante dans une dynamique relationnelle circulaire et répétitive. C'est-à-dire que l'opposant à besoin d'un adulte pour s'y opposer, pour exister. Bien que l'adolescent méconnait ou nie son besoin de l'autre, il échange constamment. Que ce soit par des comportements passifs de résistance (bouder ou refuser de manger) ou la provocation (révolte, agirs agressifs), l'enfermement dans la répétition de comportements négatifs va mener à l'échec ou la pathologie.

Afin de sortir de ces répétitions où les échanges sont totalitaires ou nuls, il importe de trouver un tiers, un médiateur qui permette de ne plus être dans des relations d'invasion ou d'emprise. Ce tiers peut être un professeur, un éducateur, un psychologue mais pourrait également être un groupe, un intervenant culturel, un entraîneur.

Ce tiers permettra des médiations, en posant les limites qui sont une des conditions de la liberté et en aidant l'adolescent à sortir de la confrontation passionnelle avec les adultes. Pour ce faire, il devra considérer le jeune comme étant un interlocuteur valable, ayant la possibilité de faire des choix pour lui-même et capable de reprendre son développement qui s'est arrêté avec la surconsommation de produits. Finalement, les sujets à tendance dépendante doivent avoir la sensation que la solution vient d'eux-mêmes. Ils doivent s'emparer d'eux-mêmes autrement que sur le mode destructif. Les médiateurs pourront alors servir de tuteur de résilience pour des adolescents en manque de modèle d'identification.


Stéphane Bujold, psychologue
Conseiller clinique

Centre le Maillon de Laval 
308 A boul. Cartier Ouest
Laval, H7N 2J2

 

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